Miroir

Très vieux miroir piqué si tu pouvais livrer,
Toutes les images par toi anciennement capturées…
Ainsi reparaîtraient comme surgis du néant,
Toutes celles et ceux que tu vis se mirant :
Gros colonel sévère ajustant son monocle,
Frêle étudiant pubère récitant du Sophocle ;
De la jolie jeune fille, à la vieille dame fanée,
Sans oublier l’ancêtre remettant son dentier !

Miroir si tel un livre je pouvais te feuilleter,
Découvrant par la même ce que l’on t’a confié :
Des rires, des chants, des joies, des moments de bonheur,
Aux pleurs, aux cris, aux peines, quand arrive le malheur.
Ainsi émerveillé avec des yeux d’enfants,
Se joueraient devant moi certaines scènes d’antan :
La belle servante naïve se faisant culbuter,
Par un bourgeois rougeaud sur la table en noyer !

Glace de la grande armoire de la chambre des parents,
Toi qui fus le témoin de leur amour brûlant ;
J’aimais tant, tout gamin, faire le pitre devant toi,
Regardant mon reflet sur un cheval de bois.
Tu assistas aussi à la fin de mon père,
Qui lassé de la vie voulut quitter la Terre !
Je t’explose en morceaux d’un coup de pied rageur,
Passé, reste derrière ! J’prends les sept ans d’malheur !

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