La moule qui pue

Gamin, l’école je la préférais buissonnière. Ainsi, lorsque les orages d’été gonflaient et troublaient les eaux de la petite rivière arrosant mon village, je savais par expérience que les poissons seraient très « mordeurs ». Ces jours-là pêcher devenait primordial : cartable, livres, cahiers et crayons étaient remisés sur-le-champ et remplacés avantageusement par une canne à pêche en bambou, sa ligne et de jolis vers frétillants. Pendant que mes camarades se barbaient en classe, je capturais, sans remords, truites et gardons ; au diable le calcul et la géographie, il m’était bien plus agréable de ferrer le poisson encore invisible qui venait …

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Ceux de 14 : 100 ans

Quand j’étais gamin, avec mes parents nous avions dans notre voisinage un vieil homme à la longue moustache rousse, c’était le « rebouteux » de la région, je me souviens que pour le paiement de ses services il n’acceptait que des paquets de tabac gris. Fernand Pouligny il se nommait, les gens disaient qu’il avait « fait Verdun », moi, de « Verdun » je ne connaissais que l’avenue de mon village, mais j’étais déjà conscient que derrière ce nom se cachait tout un cortège d’horreurs. Un jour, en croisant mon vieux voisin, je pris mon courage à deux mains, je voulais savoir « Verdun » qu’il me dise …

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Le Commandant

Tout était blanc, le couloir, cette porte fermée devant laquelle j’attendais depuis vingt minutes maintenant, un hôpital normal en somme. Dehors aussi c’était blanc, il avait neigé en ce début janvier. La porte s’ouvrit, une infirmière en sortit m’indiquant le visage fermé que je pouvais entrer. L’homme alité tourna les yeux vers moi essayant de se redresser sans y parvenir et murmura : « Ils ont enlevé ma montre, je vais mourir… il faut faire piquer Winnie, il faut faire piquer mon chat ! » J’étais interloqué : « Que s’était-il passé ? que lui avait-on fait ? » Il se portait si bien …

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Le Petit Vase

Je ne me souviens ni du jour, ni du mois d’ailleurs. La seule chose dont je suis certain, c’est que cette journée aurait pu être ma dernière. Mon cousin Didier devait avoir sept ans et moi à peine trois de plus. Nous faisions route, à bicyclette, vers un petit bois en bordure d’une route nationale. A cette époque les enfants aimaient se retrouver dans les bois pour y construire des cabanes. Nous venions tout juste d’arriver quand mon cousin remarqua quelque chose posée bien en évidence sur une souche, il s’en empara et s’écria : « Regarde Marco un petit vase …

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SDF (Monsieur Clément)

En mémoire de mon oncle Jean-Louis. Deux heures du matin, un vent glacial de janvier souffle sur Paris. En hurlant plusieurs skinheads remontent la rue Lepic donnant du pied dans une canette de bière. Leur projectile termine sa course contre un homme endormi dans un sac de couchage au milieu de déchets et de bouteilles vides. Les « crânes rasés » l’entourent, l’insultent en le frappant de leurs chaussures ferrées, celui qui semble être leur chef urine alors sur le visage du sans-logis. Satisfaits d’eux, ils repartent reprenant leur jeu. Le calme est maintenant revenu, seuls les sanglots de la victime s’échappent …

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Bribes de Nice

Août 2010, je saute du TGV qui vient de s’immobiliser en gare. Nice me voici : à moi les palmiers, le soleil et la grande bleue ! Je me presse, traînant mon bagage à roulettes derrière moi tel un chien réticent. A l’extérieur, une bande de zonards avinés squattent le haut du trottoir. L’un d’eux, dans un fauteuil roulant, la barbe souillée de vomi, se pisse dessus. Le flot d’urine coule jusqu’au caniveau, je soulève ma valise enjambant son infortune. Un taxi me dépose devant mon hôtel, un quatre étoiles, pas moins, ce n’est pas trop que je roule sur …

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Souvenirs

J’avais dix ans et déjà je parcourais les labours collants de ma terre Briarde à la recherche des objets du passé exhumés par les charrues. Lorsque je revenais à la maison, crotté de boue de la tête aux pieds, le scénario était toujours le même, ma mère, feignant la colère me criait : « Mon dieu Marco ! tu as vu dans quel état tu es ?… file vite te changer avant que ton père ne rentre. » Ensuite, à l’abri des regards, dans la douceur de ma chambre à coucher, j’ouvrais le sac à goûter contenant mon butin de la journée …

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L’Agnel d’Or

Encore ce grand chêne vert ! j’étais déjà passé à côté il y a une heure de cela, cette fois je m’ étais bel et bien perdu. Après déjeuner j’avais quitté notre petite maison de campagne accrochée aux Cévennes, promettant à mon épouse de lui ramener des girolles pour le dîner… mais le soir était là, mon panier était vide et moi j’étais inquiet. Au fur et à mesure que la clarté baissait la forêt devenait inhospitalière, les arbres prenaient des aspects de créatures inquiétantes, les oiseaux nocturnes se manifestaient un peu partout. Ce n’était pas le fait de dormir …

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Bau 1915

27 mai 1915, le sol tremble sur la terre d’Artois, les mortiers de 170 allemands pilonnent les positions françaises… Entassés dans les abris, les soldats sous le commandement du lieutenant Fahy, attendent l’ordre d’attaquer. Parmi eux, trois inséparables, ils ne se connaissent que depuis quelques mois, mais ont déjà tissé des liens de camaraderie fraternelle comme seules les épreuves des combats peuvent en créer.Tardier l’Auvergnat a dépassé la quarantaine, un visage rougeaud et un ventre rebondi trahissent ses habitudes de bon vivant, il est le « bon gros » celui qui attire la sympathie, le confident des moments de cafard. Dauptain le …

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Les Moustiques

Le voici revenu le joli temps du muguet, l’an passé j’ai dû capituler et fuir la forêt sous les assauts de nuées de moustiques, n’emportant qu’un maigre butin de fleurs. Ce matin, le chien Titus à mes côtés, je suis face au bois marécageux, prêt à en découdre avec les insectes piqueurs. Adoptant l’adage « Chat échaudé craint l’eau froide », j’ai pris des précautions : capuche sur la tête style jeune de banlieue, veste fermée au cou et aux poignets, mains et visage bardés de crème répulsive, dans la poche un spray spécial, je me sens invulnérable. Alea jacta est, je …

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